Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Comte zéro - William Gibson

Pour Turner, cette mission d'exfiltration d'un cadre de Maas Biolab fait partie de la routine de son boulot de mercenaire, et il est le meilleur dans sa partie... Au même moment, en Europe, Marly, une galeriste d'art ruinée, reçoit une étrange proposition du multimilliardaire Joseph Virek : découvrir l'origine de mystérieux coffrets dont le style ressemble à celui de l'artiste qui a causé sa perte... Quant à Bobby, un hacker qui se fait appeler Comte Zéro, il voit son ultime heure venue. Son dernier casse informatique a mal tourné : le système qu'il croyait pirater est en train de le tuer... Trois êtres que tout sépare, mais que le cyberspace va réunir dans une course contre la montre dont le monde est l'enjeu. Mais quel monde : le réel ou le virtuel ?

Il s'agit du deuxième tome de la trilogie de la Conurb, du père fondateur du cyberpunk, Wiliam Gibson. Bon, quand on dit "trilogie", ce n'est pas exactement ça, parce que Gibson ne fait rien comme on pourrait s'y attendre. Les trois livres sont pratiquement indépendants les uns des autres, on peut en lire un sans lire les autres et quand même apprécier l'histoire. Mais on retrouve de temps en temps un ou deux personnages déjà rencontrés, il y a des allusions, et ce qui s'est passé dans un tome peut avoir des répercusions dans un autre, sans pour autant être essentiel à sa compréhension. Une œuvre dense, donc, protéiforme, complexe, mais d'une grande puissance et d'une inventivité hors du commun.

L'histoire suit donc trois personnages différents, trois univers, trois relations avec le cyberpace et le monde des zaibatsu, c'estimmenses multinationales qui ont plus de poids et d'influence qu'aucun gouvernement. On comprend assez rapidement, ou l'on croit comprendre, les liens qui peuvent unir ces trois peronnes, mais les raisons de ce lien restent obscures jusqu'à la fin. Et c'est une partie du talent de Gibson d'en dévoiler beaucoup tout en gardant les motifs cachés jusqu'à ce qu'il juge bon de les exposer. Ça permet de bien se creuser la tête pour deviner les tenants et les aboutissants de l'histoire qu'il nous raconte, et des machinations des multinationales ; car dans ses histoires elles sont toujours là, tapies quelque part, à tirer des fils pour augmenter leurs profits, pour assouvir leur soif de puissance, et toute leurs intrigues se mêlent pour donner quelque chose d'aussi complexe que la réalité.

En plus de cet aspect que je qualifirais de politique à défaut d'un autre terme, le monde créée par Gibson est lui aussi complexe. Il a créé le mouvement cyberpunk et on en retrouve ici toutes les caractéristiques, la première de toute étant le cyberspace, ou matrice, qui est un pendant plus visuel et sensoriel d'internet (alors que le roman fondateur date de 1984), mais aussi une technologie futuriste, les IA, et la présence des zaibatsu. De plus, son monde a son histoire, avec ses guerres passées, sa géopolitique, etc. Mélangez un peu tout ça, et vous obtenez quelque chose de dense, mais de jouissif par son aspect cohérent, complet.

Le seul problème, c'est le style de Gibson. Il a en effet l'art de ne pas situer sa narration, de ne pas présenter le personnage lorsqu'il change de scène, de donner peu d'indications, ou alors après coup ; il m'est arrivé à plusieurs reprises de devoir relire une ou deux pages parce que je venais seulement d'obtenir la clé pour les comprendre et que tout s'éclairait alors. C'est assez frustrant au début, mais on s'y habitue vite et l'on est plus attentif aux petits détails qui permettent de savoir où l'on en est. Je pense que c'est en partie dû au fait que Gibson sait si bien ce qu'il se passe, visualise tellement bien les choses qu'il ne ressent pas le besoin de trop les expliciter.

Encore un très bon roman, donc, qui décrit un monde pas si futuriste que ça, très réaliste, et que je retrouve toujours avec plaisir. La suite avec le dernier tome, Mona Lisa s'éclate.

Tag(s) : #Science fiction, #Cyberpunk

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :