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Stalker - Arkadi et Boris Strougatski

Des Visisteurs sont venus sur Terre. Sortis d'on ne sait où, ils sont repartis sans crier gare. Dans la Zone qu'ils ont occupée pendant des années sans jamais correspondre avec les hommes, ils ont abandonné des objets de toutes sortes. Objets-pièges. Objets-bombes. Objets-miracles. Objets que les stalkers viennent piller au risque de leur vie, comme une bande de fourmis coloniseraient sans rien y comprendre les détritus abandonnés par des pique-niqueurs au bord du chemin.

Stalker, j'en avais entendu parler pour le jeu vidéo, mais c'était tout, et ce n'est que par hasard que j'ai découvert qu'il s'agissait avant tout d'un roman, écrit à quatre mains par deux frères russes. Entre l'envie de découvrir les origines du jeu, et de m'initier à la SF de l'Est, je n'ai pas hésité longtemps pour trouver ce livre et le lire.

Le livre s'ouvre sur l'interview d'un physicien, prix nobel, spécialiste de la Zone (enfin, des Zones, puisqu'il y en a 6 en tout, mais le livre se concentre uniquement sur l'une d'entre elles), par un journaliste qui veut absolument des réponses que le scientifique ne peut lui donner. Cela donne d'emblée le ton du livre : personne ne sait grand chose à propos de la Visite, des objets laisser sur place, de leur utilité réelle, de leur nature. Comme un personnage le dit plus tard dans l'histoire, ils s'en servent, mais ils ne les comprennent pas.

Après cette exposition de la situation, les deux auteurs nous présentent ce qu'on peut appeler des tranches de vie : on suit deux personnages (l'un beaucoup plus que l'autre), un stalker et un ingénieur aux activités assez louches, à différentes périodes de leur vie, sur des durées qui sont à chaque fois très courtes, parfois juste une journée. L'histoire se développe donc de façon saccadée, et il est au début assez difficile de savoir où les auteurs veulent en venir. Pourtant, une fois qu'on l'a fini, tout devient clair, et on se rend compte de la maîtrise des auteurs, car des indices étaient disséminés tout au long de l'histoire. Et là encore, le but n'est pas de découvrir qui étaient les Visiteurs, ce qu'ils voulaient, ce que sont réellement les objets. Non, c'est bien plus terre à terre que ça, bien plus humain, et bien plus touchant.

Le style d'écriture varie aussi, même s'il y a des constantes : la narration est à la première personne ou à la troisième, le style est souvent assez parlé, populaire, plein d'exclamations, de jurons, très vivant et très visuel. J'aurais parfois aimé plus de descriptions (notamment pour Ouistiti ou Loir), mais en même temps cela laisse la place à l'imagination, et les indices sont suffisants pour se faire sa propre image de ces personnages.

Pour parler de la Zone et de ses objets, les auteurs sont assez évasifs : on ne sait pas quelle taille elle fait, même si on connait certains éléments de sa topographie, les objets ne sont pratiquement pas décrits, à part un, et il faut se contenter de leur nom pour se les imaginer. De même leurs effets restent flous, comme ils le sont pour les scientifiques et la plupart de la population. Mais, en même temps, le livre donne l'impression que ce n'est pas si important que ça. Ce qui compte beaucoup, ce sont les effets de la Zone elle-même sur les humains qui y vont, donc principalement les stalker, mais aussi sur leurs enfants. C'est là un des points centraux du livre, et un de ses mystères.

La fin est à la hauteur du reste du livre, tendue, âpre, mais belle.

Et un petit détail en passant qui m'a amusée, c'est que contrairement à ce à quoi on pourrait s'attendre, l'histoire ne se déroule pas en Russie, mais aux États-Unis (le roman date quand même de 1980).

Tag(s) : #Science fiction

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