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Tant que nous n'aurons pas de visage - C.S. Lewis

Orual, fille aînée d'un roi barbare, retrace son parcours sous la forme de confessions adressées à des hommes plus sages, dans l'espoir qu'ils pourront un jour juger de la vindicte qui l'oppose aux dieux. Éduquée à la philisophie par son mentor grec, l'enfant a développé très tôt un esprit de résistance aux croyances du royaume, dominé par le culte tyrannique de la déesse Ungit. Foi, trahison et repentir rythment le récit de ses bouleversantes réminiscences, marquées par le sacrifice de sa demi-sœur et par sa propre accession au trône.

Pendant longtemps, je n'ai connu C.S. Lewis que pour Narnia, et cela ne me donnait absolument pas envie. Et puis, grâce à un article sur Madmoizelle, j'ai découvert ce livre que j'ai de suite voulu lire, même si j'ai mis un peu de temps à le faire effectivement.

D'emblée, j'ai aimé que l'histoire se présente sous la forme d'un témoignage car cela nous place au cœur de l'action et c'est clairement le meilleur moyen de juger Orual, ses pensées et ses actes, ainsi qu'elle le demande elle-même. De plus, de la façon dont l'histoire est écrite, il est impossible d'oublier qu'elle nous prend à témoin, nous lecteurs, ce qui au cours de la lecture permet d'avoir du recul quant au texte, de questionner ses actes et ses réactions. Sur ce point, il y aurait beaucoup à dire car j'ai pour ma part trouvé qu'elle avait beaucoup de torts dans ce conflit qui l'oppose aux dieux ; j'ai même fini par me dire qu'elle avait tout imaginé, que ce n'était qu'une projection, une façon d'exprimer ses sentiments, sa frustration, et que les dieux n'étaient absolument pour rien dans ce qui lui arrivait. Lewis joue d'ailleurs de cette ambiguïté, et ce jusqu'à la fin du livre qui n'offre pas de réponse certaine, laissant le lecteur à ses interrogations et à ses croyances.

L'histoire m'a paru lente à démarrer car son point central, le sacrifice de la demi-sœur d'Orual et la réécriture du mythe de Psyché et d'Éros, n'intervient qu'assez tardivement, un peu après la moitié du livre. Mais tout ce qui précède est important, car cela permet de comprendre Orual et sa relation avec sa demi-sœur, ce qui va derrière causer l'animosité de la première envers les dieux. Malgré cette lenteur apparente, je n'ai pas réussi à lâcher le livre parce que j'avais envie d'en savoir plus sur Orual, de la comprendre, de connaître la réponse des dieux à ses questions.

Toutefois, j'ai ma propre réponse à ses interrogations. Pour moi, ce livre est avant tout une réflexion sur l'amour et les différentes formes qu'il peut prendre : l'amour possessif, l'amour haine, l'amour caché, y compris à celui qui le ressent, l'amour sacrifice, l'amour compassion, l'abandon total à l'autre aussi. Toutes ces facettes de l'amour sont présentes, s'entremêlent, et compliquent terriblement les relations humaines, mais aussi le rapport des humains aux dieux, leur incompréhension mutuelle. Car, à mes yeux, une grande partie du ressentiment d'Orual vient de ce qu'elle pense que les dieux interviennent très souvent dans la vie des mortels, qu'ils sont là, tout le temps, et qu'il faut faire très attention à ne pas les irriter.

Mais, au final, je ne sais pas vraiment ce qu'il en est, si tout ça n'est qu'imagination de la part d'Orual, si les dieux lui en veulent effectivement, s'il y a un peu des deux... Je pense que c'est le but de Lewis, et c'est très réussi. Cela ne laisse d'ailleurs pas un sentiment d'inachevé, de frustration, car c'est à chacun de se faire son avis.

Dernier point, et qui pour moi participe de cette indécision voulue par l'auteur, c'est la géographie du royaume d'Orual. Car si les terres grecques font partie de ce monde, avec leurs mythes, leurs connaissances et leurs philosophies, tout le reste est imaginaire, ou a peut-être existé sans qu'on n'en sâche rien car il n'en reste aucune trace écrite. On flotte de nouveau entre la réalité et le rêve, dans un entre-deux confortable qui contribue à brouiller les cartes et qui pousse à la réflexion.

Un très bon livre, une magnifique découverte, et de longs moments d'interrogation personnelle en perspective.

Tag(s) : #Fantasy

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