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Qui a peur de la mort ? - Nnedi Okoroafor

Afrique, après l'apocalypse.

Le monde a changé de bien des façons, mais la guerre continue d'ensanglanter la terre. Une femme survit à l'anéantissement de son village et au viol commis par un général ennemi avant de partir errer dans le désert dans l'espoir d'y mourir. Mais au lieu de ça, elle donne naissance à une petit fille dont la peau et les cheveux ont la couleur du sable.

Persuadée que son enfant est différente, elle la nomme Onyesonwu, ce qui signifie dans une langue ancienne : « Qui a peur de la mort ? »

À mesure qu'elle grandit, Onyesonwu comprend qu'elle porte les stigmates de sa brutale conception. Elle est ewu : une enfant du viol que la société considère comme un être qui deviendra violent à son tour, une bâtarde rejetée par les deux peuples.

Mais Onye n'est pas une ewu ordinaire. Des pouvoirs magiques remarquables commence à se manifester chez elle alors qu'elle est encore enfant. Ces capacités grandissent avec elle, et lors d'une visite au royaume des esprits, elle apprend quelque chose de terrifiant : quelqu'un cherche à la tuer.

Désespérée d'échapper à son assassin et de comprendre sa véritable nature, elle cherche l'aide des sorciers de sa tribu. Mais, étant femme et ewu, elle se heurte à des préjugés ancestraux. Finalement, sa destinée mystique et sa nature rebelle la poussent à se lancer dans un voyage qui la forcera à affronter sa nature, la tradition, les mystères spirituels de sa culture, et à apprendre enfin pourquoi elle a reçu le nom qu'elle porte.

Voilà un livre qui m'intriguait depuis que j'en avait entendu parler, aussi bien en raison de son titre, de sa couverture, que de son résumé. J'aime les contes, j'aime le fantastique, et l'idée de lire une histoire africaine me faisait très envie.

Le livre s'ouvre sur une scène très forte, la cérémonie funéraire du père (adoptif) d'Onyesonwu, et sur le pouvoir qu'elle déchaîne involontairement à cause des émotions qui la submergent. L'ambiance est tout de suite posée, et la sensation d'être ailleurs, dans une autre culture, presque dans un autre monde, s'impose d'entrée. Après cela, Onyesonwu, car c'est elle qui nous raconte son histoire, revient sur son passé, ses origines, sa vie dans le désert avec sa mère, son arrivée à Jwahir, sa rencontre avec celui qui allait devenir son père, l'animosité des habitants à son égard, les premières manifestations de sa nature d'eshu, c'est-a-dire de sorcière, son excision, tout jusqu'à ses 16 ans, jusqu'à la mort  de son père.

Le rythme n'est ni lent ni rapide, on suit la succession des jours, on voit Onyesonwu évoluer, devenir plus forte, plus déterminée, mais plus effrayée également par cet œil rouge qui veut la tuer, ses efforts pour que le sorcier de la ville accepte de la prendre comme apprentie. Car elle porte en elle tant de violence, de rage et de pouvoir qu'elle est parfois incapable de se maîtriser, et qu'elle devient un danger pour les autres. Mais elle est femme, ewu et excisée, toutes choses qui s'opposent à son initiation et son éventuel apprentissage. Sauf qu'Onyesonwu est une tête de mule, et qu'elle a bien l'intention de s'imposer au sorcier. Après ça, elle pourra enfin chercher à affronter celui qui veut sa mort, ainsi que son destin.

Le résumé de la quatrième de couverture parle d'une apocalypse, d'un autre monde, mais de cela il n'est que très peu question dans le livre. Tout juste est-ce une justification religieuse de l'esclavage des Okeke, peuple de la mère d'Onyesonwu, par les Nuru, peuple de son père, et des massacres des uns par les autres, situation qui est entérinée par le Grand Livre, qui raconte l'histoire de ses deux peuples, depuis la création des Okeke par la déesse Ani, puis leur chute et la création des Nuru pour punir les Okeke et purifier la terre de leurs excès. Au fur et à mesure, on se rend compte que ces excès avaient beaucoup à voir avec l'utilisation de l'informatique mais difficile de connaître la vérité. De toute façon, celle-ci n'a aucune importance face au Grand Livre, qui va devenir un des enjeux centraux de l'histoire. Car au-delà de ses origines, au-delà de son combat contre celui qui veut sa mort, Onyesonwu veut se battre contre les morts qui ensanglantent les Okeke et les Nuru, contre l'immobilisme, contre la tradition, contre l'esclavage, contre les préjugés, contre la violence.

Même s'il se passe dans un futur indistinct, dans un lieu inconnu, quelque part en Afrique sahélienne, ce livre parle de l'Afrique d'aujourd'hui, des relations entre les hommes et les femmes, entre les différentes ethnies, des génocides, de l'excision, des viols de guerre, tout en puisant dans le substrat mythologique et mythique de nombreux peuples. Lire Qui a peur de la mort ?, c'est un peu partir en voyage, loin, mais aussi en soi-même, pour contempler les paysages de l'esprit.

Qui a peur de la mort ? - Nnedi Okoroafor
Tag(s) : #Fantastique

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