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Il est difficile d'être un dieu - Arkadi et Boris Strougatski

La planète Arkanar ploie sous la férule du tyrannique ministre de la Sécurité. Cette société semi-féodale qui persécute ses intellectuels, évoquant à la fois l'Espagne de l'Inquisition, l'Allemagne nazie et la Russie stalinienne, intéresse au plus haut point l'Institut d'histoire expérimentale de la Terre qui, elle, est peuplée depuis longtemps d'humanistes tout-puissants que l'on considère volontiers comme des dieux. Doivent-ils intervenir pour miner le fascisme, ébranler l'obscurantisme ? Bien sûr que non ! l'Histoire dont suivre son cours naturel. Ce que le jeune Roumara va avoir bien du mal à accepter, alors qu'il sait combien il est dangereux, pour un dieu, de se mêler à la misère des mortels.

Après avoir lu, et beaucoup aimé, Stalker, je voulais continuer ma découverte des auteurs de SF russes, et je me suis de nouveau intéressée aux frères Strougatski avec ce roman qui, à mon avis, serait plus explicite quant à leur vision du pays dans lequel ils vivaient (il a été écrit en URSS en 1964).

Par rapport à la quatrième de couverture, le roman ne s'est pas présenté ainsi que je m'y attendais. Je voyais Roumata et les Terriens comme des personnages distants qui surveillaient ce qui se passait sur Arkanar, alors qu'il n'en est rien ; ces hommes sont en fait infiltrés dans la population, et pas qu'à Arkanar. Car la quatrième fait une grosse erreur à ce sujet : Arkanar n'est pas une planète, mais un royaume parmi d'autres sur une planète dont on ne sait au final pas grand chose, et vassal de l'Empire. La situation dans le royaume n'est donc pas la règle, mais Roumata, qui a endossé la vie d'un noble de l'Empire ayant immigré dans la capitale d'Arkanar, est le seul à sentir qu'il s'y passe quelque chose de différent, que la chasse aux intellectuels n'est pas seulement une attitude normale de la part d'une société moyenne-âgeuse. Il ne sait pas lui-même ce dont il s'agit, mais il sent le danger, et il est partagé entre son devoir qui lui impose de ne pas tuer, de n'intervenir qu'indirectement, et l'envie de foutre un coup de pied dans cette fourmilière et de se débarrasser de ces hommes violents, ignares, dangereux.

Une grande partie du livre tourne autour de la notion d'homme : qu'est-ce qui fait un homme, qu'est-ce qui le sépare de l'animal, quand il est esclave (d'un autre, de ses passions, de la peur, etc.), est-il encore un homme ? Et ces questionnements perturbent grandement Roumata, car il a parfois du mal à avoir de l'empathie pour les habitants d'Arkanar, à comprendre pourquoi il devrait agir pour eux. Et dans le même temps, il a peur de perdre son humanisme, son humanité, de se retrouver à leur niveau. Pourtant, il en a parfois fortement envie, surtout quand ses envies de meurtre se réveillent.

L'autre point essentiel, c'est la vision de l'histoire qu'on les frères Strougatski, ou du moins ce que je vais considérer comme tel dans ce roman. Les membres de l'Institut de l'histoire expérimentale semblent être persuadés que l'évolution des sociétés humaines, à plus ou moins long terme, va toujours dans le sens de plus d'humanisme, d'une meilleure éducation, d'une meilleure considération de l'autre. Si je suis d'accord quant au fait qu'une société qui détruit volontairement l'art et la réflexion va à sa perte (et il y a là une critique claire de la société soviétique, et dont j'ai ressenti qu'elle s'appliquait également à l'ultra-libéralisme, même s'il n'en était alors pas question), je ne pense pas que le mouvement humaniste soit irrépressible et irréversible.

La fin est en tout cas très agréable, et oublie totalement la situation d'Arkanar pour en revenir au titre, à la difficulté d'être un dieu, et à ce que cela implique pour Roumata.

Au final, je suis vraiment conquise par la plume et les idées des frères Strougatski, et je sens que je vais lire tout ce qu'ils ont écrit et qui a été traduit en français.

Il est difficile d'être un dieu - Arkadi et Boris Strougatski
Tag(s) : #Science fiction, #Planet opera

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