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Janua Vera - Jean-Philippe Jaworski

Chaque nuit, Leodegar le Resplendissant se réveille en hurlant dans son palais. Quelle est donc l'angoisse qui étreint le conquérant dans son sommeil ? S'agit-il d'un drame intime, ou bien de l'écho multiple des émotions qui animent le peuple du Vieux Royaume ?

Désenchantement de Suzelle, la petite paysanne, devant la cruauté de la vie ? Panique de maître Calame, le copiste, face aux maléfices qui somnolent dans ses archives ? Scrupule d'Ædam, le chevalier, à manquer aux lois de l'honneur ? Hantise de Cecht, le housekarl, confronté aux fantômes de la forêt ? Appréhension de Benvenuto, le maître assassin, d'être un jour l'objet d'un contrat ? Ou peurs primales, peurs fondamentales, telles qu'on les chuchote au Confident, qui gît au plus noir des ténèbres...

À travers dix destins se dessine une géographie du Vieux Royaume, de ses intrigues, de ses cultes, de ses guerres. Et de ses mystères, dont les clés se nichent, pour beaucoup, dans les méandres du cœur humain.

Cela faisait un bon moment que je voulais lire ce livre, et j'avais profité du Salon du livre de Paris pour l'acheter (et le faire dédicacer, petit plaisir personnel). J'ai donc décidé de l'intégrer au Challenge de l'été pour le lire assez rapidement.

Les dix nouvelles se divisent en deux groupes : celles qui traitent ouvertement de l'histoire du Vieux Royaume, et celles qui se concentrent plus sur les personnages, sur l'anecdotique, et dans lesquelles le Vieux Royaume n'est qu'une toile de fond floue. Malgré tout, même les nouvelles qui racontent l'histoire du pays parlent avant tout des hommes, de ce qui agite leur cœur et leur âme. Car c'est tout l'art de Jaworski de pénétrer l'esprit de ses personnages pour nous montrer les tourments qui les étreignent, même dans les nouvelles dans lesquelles il y a le plus d'action. Chaque personnage est parfaitement individualisé, unique, avec son histoire propre que l'on devine en filigrane. Tout est esquissé en quelques mots seulement, et la vie déborde de suite des nouvelles. Jaworski a vraiment un art de la description consommé qui donne l'impression d'être face à un tableau vivant.

Chaque nouvelle se déroule dans un cadre différent, et elles sont toutes uniques dans ce qu'il s'y déroule, dans leur ambiance, bien que nombre d'entre elles ait un cadre guerrier. C'est impressionnant de voir cette capacité à varier sur un même thème en trouvant toujours le petit détail qui change tout. Ces présentations si variées permettent vraiment d'esquisser un portrait le plus fidèle possible d'un monde forcément mouvant, avec ses avancées, ses reculs, ses changements. En gros, tout ce qui donne de la vie, du réalisme, et c'est quelque chose que j'ai vraiment beaucoup apprécié car c'est ce que je recherche et qui manque bien trop souvent à mon goût en fantasy.

Enfin, la plume de Jaworski est juste un vrai délice. Elle est précise, riche, recherchée même, mais sans jamais être pédante, car elle se contente de désigner chaque objet par le mot juste ; bien évidement, dans un contexte clairement médiéval, ces termes peuvent paraître étranges, mais ils sont tous parfaitement à leur place. Cela permet de se plonger encore un peu plus dans l'histoire du Vieux Royaume. En plus, ses descriptions sont magnifiques et mettent vraiment dans l'ambiance, notamment lorsqu'il s'attaque aux paysages et aux forêts. C'est vraiment évocateur, presque magique.

À propos de magie, elle existe dans le Vieux Royaume, mais j'ai apprécié le fait qu'elle ne soit qu'évoquée, que sa présence ne soit pas trop prégnante ni qu'elle n'influe pas trop sur le cours des évènements. Elle n'est au final qu'un outil parmi d'autres, souvent plus proches d'ailleurs de la superstition et des rituels païens que d'une magie à la D&D, ce qui n'était pas pour me déplaire.

Dernier point, je voulais évoquer une nouvelle en particulier parce qu'elle tranchait sur les autres : Jour de guigne. Après des nouvelles sombres, tendues, on se retrouve avec une lecture clairement humoristique, même si les caractéristiques habituelles des autres textes de Jaworski sont conservés. Pour le coup, la magie était dans cette nouvelle plus exubérante, et le résultat final m'a beaucoup fait penser aux Annales du Disque-Monde, avec des références à Rincevent et l'Université de l'Invisible.

En plus de ça, Jaworski a inséré à la fin de son livre des Annexes sur la religion, la chronologie du Vieux Royaume, et autres anecdotes qui viennent vraiment enrichir l'histoire.

Au final, je n'ai qu'une envie, lire Gagner la guerre, qui se déroule aussi dans le Vieux Royaume.

 

Janua Vera - Jean-Philippe Jaworski
Tag(s) : #Fantasy, #Nouvelles

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